Jours 12 et 13

mercredi 12 et jeudi 13 janvier
Il y a une lumière toute spéciale au large, elle donne à la mer un aspect brillant, alors qu’à l’est, elle devient turquoise et face à moi, plein nord, son bleu s’intensifie. Les nuages entrent en jeu sur la grande scène, ils défilent, regroupés, solidaires, ne cherchent à faire qu’un et le petit coin de ciel bleu persiste. Nous nous sommes aventurées avec Marie - la fée de ma résidence - sur un rocher, nous nous approchons si près de la mer, de sa houle, de sa brillance, que cet instant, quand il n’y a rien à dire, je comprends que cet instant est celui du poème. J’ai soudain envie qu’elle glisse entre mes doigts et qu’elle murmure à mes oreilles, la poésie, j’ai envie qu’elle me fasse entendre le bruit des vagues et voir la couleur de l’eau, j’ai envie qu’elle décharge sur mon bureau une cargaison de mots, la poésie. C’est décidé, le temps de cet instant, je lâche les trames narratives, je largue les enjeux de constructions de récits, les structures rigides, je quitte le bord de la page, j’adresse des au revoir décidés aux belles tournures et à la concordance des temps, je rejoins la pleine mer et je me décharge de tout le pompeux, le phrase bien faite, les artifices, les procédés littéraires, je me défais de ces idées préconçues sur ce qui fait littérature, je plonge et je dépose au fond de l’eau mes trésors, les petits mots découpés depuis l’enfance dans les journaux, les images accumulées dans ma pochette secrète, les mots doux échangés, les cartes postales de ma grand-mère, les lettres des amours passés, les photos de mes 15 ans. Je consigne mon trésor an donvor et je sais que je peux y revenir, toujours y revenir, il suffit d’aller en profondeur. Le soleil est revenu sur le sentier des douaniers, et déjà, il me faut reprendre la route bétonnée et déjà, je suis curieuse de découvrir ce que le poème a à me montrer des tempêtes de février sur la côte de granit rose.

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