Jour 5 - les nouveaux horizons

Lundi 3 janvier

J’ai longé la côte, toute la côte. J’ai laissé défiler les paysages, précisément le littoral, je l’ai laissé sur ma droite tout le long du trajet et j’ai longé les côtes perrosiennes, découpées. J’ai laissé la porte de mon bureau d’écriture ouverte, j’ai bu une première tasse de thé accoudée au balcon et je me suis vue reine des lieux, un lundi de janvier sur la côte de granit rose. Le temps est particulièrement doux ce matin, les volets des maisons secondaires se sont refermés, les fêtes sont derrière nous et pourtant, au cœur du marasme et du recul des embrassades, un tourbillon intérieur me laisse croire que ce n’est que le début de la fête. J’entre en littérature et j’ai instantanément l’impression qu’il n’est pas question de se sauver et qu’il est temps ; je me mets à rêver d’attraper les quelques mots dans le courant fort de la pleine mer, de ne pas les laisser s’échapper. C’est la rentrée à la maison du littoral. Quelle fête je me dis ; même si l’eau qui se met soudain à tomber semble ne jamais vouloir cesser ; même si les parapluies sont à nouveau de sortie sur le sentier ; même si les voix des promeneuses et des promeneurs ne me parviennent plus tout-à-fait ; même si la mer est en train de disparaître dans la brume ; même si le monde entier voit son ciel s’obscurcir. Remontent à la surface les mots de Mohamed Mbougar Sarr dans son roman La plus secrète mémoire des hommes : « Nous ne pensions pas du tout qu’elle sauverait le monde ; nous pensions en revanche qu’elle était le seul moyen de ne pas s’en sauver.», écrit-il de la littérature. Je lève les yeux de mon clavier et je vois un corps, puis un deuxième et un troisième et encore un autre, et un autre, ça ne s’arrête plus, je vois tous ces corps apparaître dans le paysage ; ils foulent la terre, bravent les éléments, marchent contre le courant, capuches sur la tête et bottes aux pieds, des corps trempés jusqu’aux os dont s’extraient des éclats de joie adressés au monde entier et un à un, les corps sortent de mon champ de vision, seuls persistent le souvenir de leur présence et la résonnance des rires. Et déjà le ciel se dégage : les nouveaux horizons.

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