Jour 3 - Contre le vent

Mercredi 24 novembre 2021

Je suis entrée à la maison, celle qu’on appelle la maison du littoral, je me suis installée à ma table d’écriture, c’est quelque chose d’être là, ce n’est pourtant pas la première fois que je fais face à cette vue-là, c’est loin d’être la première fois et pourtant. Pourtant c’est quelque chose d’être là. Je me suis assise, j’ai ouvert l’écran de mon ordinateur, et dans le même mouvement, j’ai levé la tête et j’ai vu, j’ai vu, je l’ai vue, la mer, je l’ai vue, je n’ai vu qu’elle, impossible de l’ignorer. Je me suis assise à ma table de travail et la mer est devenue mon grand écran, un écran géant ; la vague défile dans le sens opposé à ma phrase, c’est la particularité du vent d’Est, il me fait lire le paysage de droite à gauche, dans le sens du courant et je tente de déchiffrer cette langue nouvelle, d’y lire l’histoire qu’ils racontent, vague et nuage défilant en-dessous et au-dessus du phare, lui, l’immobile. Dans un phrasé singulier, je tente de comprendre les embruns, l’écume du haut de la vague, la couleur, le bruit, la phrase relancée à chaque coup de vent comme on scanderait un poème, des strophes sifflantes par à-coups ; ciel et mer et lande unis dans la même poésie.  Le vent bouscule ma phrase qui tente de s’ériger, elle, de gauche à droite, mon vent intérieur soufflant depuis l’Ouest et je m’accroche, j’écris les premiers mots de cette résidence contre le vent, je remonte la page à contre-courant et soudain, je n’y peux rien, soudain, je lâche, j’abandonne mon clavier je me laisse happer par le lointain, il m’avale presque entièrement, le corps et l’âme, mon regard se fige, mon œil est désormais coincé dans la lunette de la longue vue et je vois loin, loin, loin et je m’éloigne de la page.

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