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jours 27 et 28 - dans le sillon du palindrome

mardi 22/02/2022 

J’ai voulu, contre le vent et coûte que coûte, poursuivre l’avancée, alors j’ai penché mon corps vers l’avant, couvert mon visage de mes mains, fermé mon anorak et à travers les flots, mes mots, jusqu’aux plus doux, me sont revenus, comme des boomerangs en pleine figure ; à chaque rafale, des missives. Les joues rouges et le corps abîmé, j’ai cessé la marche, j’ai tenté de garder l’équilibre et j’ai regardé les oiseaux ; dès le premier coup de vent, leurs ailes ont cessé de battre et dans le ciel, depuis quelques jours, on les voit planer et se laisser porter. J’ai laissé enfin les mots s’envoler, je n’ai plus cherché à les retenir ; et mon corps, à son tour, s’en est allé dans le sens du souffle. Ne plus aller contre, faire avec les faiblesses en présence, c’est peut-être cela, surpasser les épreuves du vent. La tempête est passée, elle a tout emporté. Et je suis debout. Les mots, ceux restés, sont les seuls qui comptent. Ce matin, le grille-pain ne fonctionne plus, les volets électriques ne s’ouvrent pas, les garages automatiques restent fermés, les magasins sont dans le noir, les congélateurs dégèlent, les téléphones se déchargent, les télévisions s’éteignent, les machines à sous s’arrêtent, les ordinateurs ne s’allument pas ; il n’y a plus d’électricité, il y a comme un chaos dans l’air, les corps se figent dans le temps et durant quelques heures, l’après tempête invite à autre chose, à trouver d’autres mots, à ressortir le cahier d’écriture et le vélo sans assistance électrique. La chatière fonctionne à piles et le petit chat peut continuer ses allers et venues dans le monde et c’est sans doute cela qui compte ce matin, que le félin reste libre. Je remonte le cours de la journée, celle du 22/02/2022. Et ce matin, je deviens palindrome. Ce matin est une proposition à rattraper le temps perdu, à remonter le courant, à prendre la route à l’envers, à changer de point de vue, à entreprendre le trajet retour, à envisager une fin de ressac, à se laisser surprendre par le connu. Ce matin, « il me faut sillonner la lenteur pour me rendre au bout de moi » (Tire le coyote, album Au premier tour de l’évidence) ; et quel que soit le sens emprunté, il sera toujours question d’arriver au bout d’une phrase.


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