Jour 17 - paysage intérieur

mardi 8 février

Se promener le long de son littoral intérieur, suivre les signes qui indiquent le chemin de grande randonnée et entrevoir les contours du corps, découpés, parfois acérés, y balader ses pensées, vagabonder en soi et sortir de temps en temps des sentiers attendus. La brume depuis quelques jours obstrue la vue de mon bureau. Mon esprit assure le paysage-relais ; apparaissent une multitude de dégradés, de satinés, des rythmes saccadés, la mer d’abord calme, une vraie mer d’huile, et très vite, c’est la tempête, des vagues de plusieurs mètres de hauteur se dressent. C’est l’avantage du souvenir, on peut emmêler les paysages, les colorer à notre guise, faire intervenir des êtres, des situations, un bateau, les dauphins, les cormorans ; et d’un coup de baguette magique, exiger que toute la joyeuse troupe de ce paysage nouveau dépose les amarres, s’arrête là, le temps du cliché ; puis exiger que la vie reprenne, qu’elle suive son cours jusqu’au prochain tableau qui ferait une belle carte postale à envoyer à un inconnu au sommet d’un mont péruvien ; alors faire silence, capturer l’instant, mettre timbre et adresse et envoyer les mots salés de l’autre côté de l’hémisphère. Elle est là la magie de l’écriture, mêler sur la page ce qu’on connait, ce qu’on invente, ce qu’on invoque, ce qu’on devine. Des coups de folie, de rêverie, de drôlerie. Les coups de foudre, les extraire d’un ciel sombre pour un début d’histoire d’amour. Les coups de vent, les extorquer à la tempête pour balayer les maux. Revendiquer l’éclaircie face à la pluie de coups. Et en cas de coup du sort, sortir, prendre l’air, humer le changement de saison, respirer le large. Et déjà la brume se dissipe, je vois le haut du Men Ruz, rouge, clignotant à nouveau.

Que faire à Perros-Guirec ?


Votre profil

OU